Joanne Richards, ex-chrétienne, États-Unis

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J’ai connu l’enfance typique d’une Californienne née à la fin des années quarante.  Mes parents nous ont élevés, moi et mes cinq frères et sœurs, en tant que catholiques.  Mais lorsqu’ils divorcèrent, quand j’avais 11 ans, nous nous éloignâmes de l’Église.  À cette époque, le divorce était encore mal vu, alors nous nous sentions socialement rejetés.  Je ne m’étais toutefois jamais sentie très proche du christianisme, même enfant.  Je trouvais que cette religion n’avait pas beaucoup de sens et, déjà à un jeune âge, j’y détectais des contradictions.  J’avais pris l’habitude de faire la communion, ce qui me dispensait de répondre aux questions lors des cours de catéchisme.


Après le divorce, moi et mes frères et sœurs fûmes un peu laissés à nous-mêmes.  Même si ma mère nous aimait beaucoup, elle dû, du jour au lendemain, s’occuper seule de cinq enfants.  Je ne vis mon père que cinq ou six fois après le divorce.  Laissée sans réelle supervision, je tombai enceinte à l’âge de 16 ans et finit par épouser le père de mes enfants.


Il va sans dire qu’il s’agissait d’un mariage précipité par ma soudaine grossesse.  Nous restâmes tout de même ensemble durant 16 ans et eûmes deux enfants.  Comme je venais de me marier (en 1964) et que je devais m’occuper de jeunes enfants, je ne fis pas vraiment partie de toute la vague hippie des années 60.  Je sentis toutefois que j’avais raté quelque chose et, seize ans après mon mariage, je quittai mon mari pour aller à San Francisco afin de « me découvrir » et « me libérer »!


Mais je n’y trouvai que de l’alcool, des drogues, du sexe et du rock & roll.  Je voulais tellement « vivre », que j’en oubliai toute moralité et abordai la vie de manière hédoniste.


Mon premier contact avec l’islam se fit par l’intermédiaire d’un jeune homme qui venait tout juste d’arriver aux États-Unis.  Il était issu d’une grande famille et se sentait très seul et perdu devant cette nouvelle vie qui s’ouvrait à lui.  Nous trouvâmes du réconfort l’un auprès de l’autre, car pour la première fois de ma vie, j’étais seule, moi aussi, sans famille ni amis.  Je découvris chez lui des qualités pour lesquelles j’éprouvai du respect.  Il était très honnête et ne cherchait jamais à se défiler.  Je voyais en lui une confiance totale que je n’avais jamais vue chez personne d’autre.  Il me parlait parfois du Coran et je trouvais cela intéressant.  Il était très discret et délicat et n’essayait pas de me vendre ses idées.  J’aimais ce que je voyais en lui et j’en étais même impressionnée.  Jusque-là, j’avais toujours cru que les gens aussi bons et honnêtes ne pouvaient survivre dans notre monde actuel.


Je ressentais, au fond de moi, une certaine crainte par rapport à l’islam; je craignais, si j’embrassais cette religion, de devenir ennuyeuse et d’être emprisonnée dans un monde duquel je ne pourrais plus sortir.  En réalité, j’étais très ignorante au sujet de cette religion et c’est pourquoi mes perceptions étaient aussi biaisées.  Comme la plupart des Américains, j’entretenais, sur l’islam, de nombreuses idées reçues.  Et j’avais de la difficulté à ne pas faire de corrélation avec les religieuses catholiques que j’avais connues, dans mon enfance, et qui semblaient littéralement piégées dans une prison de vertu et de moralité.  Elles m’apparaissaient si seules et si ternes et il me semblait qu’elles ne savaient rien faire d’autre que de prier.  Leur vie n’était qu’un grand vide et tout ce qui était, même de façon éloignée, quelque peu amusant leur était interdit.


Mais Dieu est grand.  Il me donna toute la corde dont j’avais besoin pour me pendre et fit en sorte de Se trouver sur mon chemin le jour où je tombai pour de bon.  Lorsque nos chemins, à ce jeune homme et à moi, se séparèrent, je téléphonai à la mosquée et leur demandai s’ils pouvaient me donner une copie du Coran.  J’étais simplement curieuse et n’avais aucune intention de me convertir à l’islam.


Lorsque je débutai ma lecture de l’édition de Yusuf Ali, ou plutôt lorsque je n’en fus encore qu’au sommaire, je me mis à pleurer de façon incontrôlable. Je fus saisie par la beauté, la miséricorde et la grâce de ce que je lisais et cela me toucha comme jamais.  Quand je lus la Fatiha, je sus que j’avais affaire à un texte hors du commun, mais je n’étais pas encore prête à l’accepter ou même à en comprendre ne serait-ce qu’une parcelle.  La beauté de ses versets me subjugua.  Je ne pouvais m’imaginer un jour adhérer à la plupart des principes fondamentaux, ni même à les comprendre.  J’étais impressionnée par le pardon et la miséricorde de Dieu, mais surtout par Son incroyable grâce.  J’allais avoir grandement besoin de Ses faveurs avec le style de vie que je menais et que j’allais continuer de mener plusieurs années encore.  Même si je lisais le Coran de temps à autre et que je commençais petit à petit à y croire sincèrement comme étant la parole de Dieu, je n’étais pas encore prête à abandonner mon style de vie libertin.  J’étais tel un bambin faisant ses premiers pas dans un monde inconnu.


On m’a récemment demandé si, après ma conversion à l’Islam, j’avais trouvé difficile de brusquement cesser de faire plusieurs des choses que je faisais avant de devenir musulmane.  Ce ne fut en fait pas si ardu puisque je n’ai rien abdiqué de façon soudaine.  Par exemple, cela me prit cinq ans, à partir du moment où je commençai à lire le Coran, pour prendre la décision de cesser de manger du porc!  Comme ma famille était italienne, le porc était omniprésent dans notre cuisine.  Alors quand je me décidai, cinq ans plus tard, à en cesser la consommation, ce fut assez difficile.  Durant la dernière de ces cinq années, je m’étais mise à me sentir de plus en plus coupable, et même, parfois, malade chaque fois que j’en mangeais.  Aujourd’hui, lorsque je vois du porc au supermarché, je me dis qu’au fond, c’est une bien petite chose à laquelle Dieu nous demande de renoncer.


Je me sens un peu de la même façon par rapport au Ramadan.  Au début, quand on sait que le Ramadan débutera bientôt, on ressent une certaine crainte de ne pas arriver à surmonter ce défi.  Puis, tout de suite après, on pense au bien-être que l’on ressent, au moment de la rupture du jeûne, d’avoir réussi à passer au travers de cette journée de jeûne et de savoir que l’on a offert à Dieu cet acte d’adoration qui n’est, au fond, pas si difficile à offrir.  Parfois, lorsque je ressens certaines tentations durant le Ramadan, j’essaie de penser au fait que c’est bien peu demander, de la part de Dieu, comparativement à la récompense qui nous attend pour l’avoir fait et compte tenu de Son pardon, qu’Il nous accorde souvent, et de Ses nombreuses bénédictions.


L’alcool, la promiscuité, le vol, le mensonge, la tricherie, etc, voilà des traits qui m’ont quittée petit à petit au cours des treize dernières années.  Lorsque j’y repense, j’ai du mal à croire que la personne qui agissait ainsi était bel et bien moi.  L’alcool m’a mise à genoux et Dieu a été là, à mes côtés, pour m’aider à remonter la pente.  Je n’ai été qu’une grande déception, pour mes enfants, et sûrement un très mauvais exemple, pour eux.  Mais, Dieu merci, ils possèdent tous deux un Coran, aujourd’hui, et voient à quel point je suis devenue une nouvelle personne grâce à ma profonde croyance en ses écrits.  Mes petites-filles croient en Dieu et me demandent toujours de leur raconter des histoires à caractère religieux.


Mon père est décédé, mais ma mère est étonnamment tolérante envers mes croyances, même si j’ai parfois l’impression qu’elle s’imagine que ce n’est qu’une passe.  Quant à mes frères et sœurs, ils me respectent dans ce que je suis, même si, comme beaucoup d’Américains, ils entretiennent eux aussi des préjugés sur l’islam.


L’une des choses avec lesquelles j’ai eu du mal à composer, après ma conversion, fut l’attitude de certains musulmans envers moi.  J’allais parfois à la mosquée, mais je m’y sentais découragée par les questions incessantes ou même les ordres que j’y recevais des frères et sœurs sur place.  La plupart du temps, la première question qu’on me posait était : « Qui est ton mari? ».  Et quand je répondais que je n’étais pas mariée, on me regardait avec suspicion et on se détournait de moi.  Certaines sœurs vinrent me dirent que Dieu n’accepterait pas mes prières parce que je portais du vernis à ongles.  Ce genre d’attitude peut être très rebutante pour une personne qui vient d’embrasser l’islam et qui fait de son mieux pour apprendre sa religion et entrer en contact avec sa nouvelle communauté.  On m’ordonna parfois de faire des choses étranges et cela me prit près de sept ans pour comprendre la différence entre les pratiques culturelles et les pratiques islamiques véritables.  Et je sais, pour avoir parlé avec d’autres converties, qu’elles ont vécu la même chose que moi.  Je garde toutefois un bon souvenir d’avoir prié en congrégation avec mes sœurs en islam durant le mois de Ramadan ou au cours de la prière du vendredi (joumouah).  Durant ces mois, je me sentais si proche de Dieu que je pleurais de gratitude d’avoir été guidée vers l’islam.


Je vois mon cheminement comme le destin que Dieu a choisi pour  moi et j’ai le sentiment qu’Il ne me laissera plus quitter cette voie.  J’éprouve une grande gratitude pour Sa patience et Sa tolérance envers mes faiblesses.


Il y a encore plusieurs objectifs que j’aimerais atteindre, au niveau de ma foi.  Je considère ma croyance en l’islam comme une progression, un cheminement, une graine qui a été semée et qui a germé pour devenir une présence forte et vivante, dans mon âme.  Je suis loin d’être parfaite, mais je suis, chaque année, une meilleure musulmane que l’année précédente.  Et je sais cela en regardant le nombre de choses auxquelles j’ai renoncé pour plaire à Dieu.  Je le sais, également, à chaque Ramadan, lorsque je repense à mes premiers jeûnes, qui me faisaient si peur.  Aujourd’hui, j’ai hâte à l’arrivée de ce mois béni et je sais que Dieu sera là pour m’aider à passer au travers.  Mes enfants me respectent et je respecte ma mère comme Dieu me l’a enjoint.  J’ai appris à accepter les épreuves de ma vie et à les considérer comme des occasions que Dieu utilise pour raffermir ma foi et m’apprendre la patience, pour « grandir », en un sens.


Pour moi, ma conversion à l’islam a été le plus grand cadeau qui m’ait été fait et j’en suis terriblement reconnaissante.

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