Karla, ex-chrétienne, États-Unis

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Mon processus de conversion à l’islam fut relativement long (il dura près de 20 ans!).  Il débuta lorsque j’avais 12 ans.  Je fréquentais alors un collège privé très huppé et très anglophile.  Ma fascination pour l’islam vit le jour lors d’un cours sur les religions du monde dans lequel nous étudiions le christianisme, le judaïsme, l’islam, le bouddhisme et l’hindouisme, présentés sous forme de livrets.  Je ne sais pourquoi, mais la première impression que j’eue des musulmans est qu’ils ne semblaient pas hypocrites comme pouvaient l’être les chrétiens que je connaissais.  Je me souviens de deux choses qui se démarquaient, la première étant la grande importance accordée au monothéisme pur.  Cela revêtait une importance toute particulière, pour moi, car j’avais toujours remis en question certains aspects doctrinaux du christianisme, plus particulièrement le concept de Jésus en tant que divinité.  Pour moi, Dieu était Dieu et Jésus était Jésus; et dire le contraire allait à l’encontre du premier commandement.


La deuxième chose qui se démarquait, pour moi, était la prière (salat).  Non seulement le fait qu’elle était accomplie cinq fois par jour, mais surtout le fait que les prières ne s’adressaient qu’à Dieu exclusivement.  Et, tandis que dans le christianisme, nos prières prenaient le plus souvent la forme de demandes (« Dieu, donne-nous ceci », « Dieu donne-nous cela »), en islam, la prière était surtout un acte d’adoration.


Plus tard, je fréquentai une université de Washington DC, qui abritait une importante communauté musulmane.  Mon intérêt pour l’islam était toujours aussi vif, dans mon cœur, mais j’étais beaucoup trop timide pour pousser ouvertement mes recherches à son sujet.  Il m’arrivait fréquemment de faire le tour du Centre Islamique en voiture, sur Mass Avenue, sans jamais trouver le courage d’y entrer.  Un jour, je laissai un message sur leur répondeur pour leur demander s’ils donnaient des cours pour les gens intéressés à l’islam, mais on ne me retourna jamais mon appel.  J’achetai une copie du Coran et entrepris de le découvrir par moi-même.  C’était incroyable; chaque mot m’allait droit au cœur, vous voyez ce que je veux dire? 


Une des choses qui m’épatèrent le plus, dès le départ, fut les droits accordés aux femmes, en islam.  Je sais que plusieurs ont envie de rire de moi, en lisant cela.  Mais, pour avoir lu la Bible, je ne peux que constater que les droits accordés aux femmes, en islam, ne se trouvent nulle part dans la Bible.  Les femmes, dès les débuts de l’islam, eurent le droit de refuser un époux potentiel, tandis qu’à la même époque, les femmes chrétiennes étaient considérées comme la propriété de leur père, qui choisissait à qui il souhaitait les marier.


En islam, les femmes reçoivent une part de l’héritage de leur père et de leur mari, tandis qu’en Occident, jusqu’à récemment, l’héritage revenait presque toujours au fils aîné.  En islam, les femmes ont le droit de propriété depuis le sixième siècle, droit que les femmes, aux États-Unis, n’ont obtenu qu’au milieu du 19e siècle.  Le prophète Mohammed (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) a beaucoup prêché contre l’infanticide femelle, une pratique courante, à son époque, et toujours en vigueur, de nos jours, en Chine et en Inde (seule la forme a changé, les infanticides se faisant maintenant sous forme d’avortement dès lors que certains apprennent qu’ils attendent une fille).  En islam, ce sont à la fois les femmes et les hommes qui furent encouragés à perfectionner sans cesse leur savoir.  Malheureusement, la culture vient trop souvent faire obstacle à ces droits, de nos jours.

 


Durant ma dernière année universitaire, je découvris une émission de prêche islamique, à la télé, simplement intitulée « islam ».  L’émission était présentée sous forme d’interviews menées par une femme à l’allure occidentale auprès de gens versés dans divers sujets relatifs à l’islam.  Je devins accro à cette émission et je m’assurais de l’enregistrer si je n’étais pas à la maison au moment de sa diffusion.  Je ne me souviens plus sur quelle chaîne c’était, mais elle était présentée chaque vendredi et commençait par « Au nom de Dieu, le Tout Clément, le Très Miséricordieux ».  Lors d’une émission sur la shahadah, je sus que je croyais à l’islam et je me décidai, d’un coup, à prononcer la shahadah.  Malheureusement, à cette époque, je ne connaissais aucun musulman avec qui parler d’islam.  J’étais aussi très inquiète de la réaction éventuelle de ma famille lorsqu’elle apprendrait ma conversion.  Peu de temps après ma graduation (je crois que c’était en 1990 ou 1991), l’Arabie présentait une exposition d’art islamique, au centre-ville.  Je me souviens avoir demandé à l’un des exposants s’ils avaient des informations supplémentaires (brochures, dépliants, etc) sur l’islam.  Je demeurai un peu abasourdie par sa réponse négative.  Je ne savais plus vers où ni vers qui me tourner pour obtenir plus d’information sur cette religion.  J’étais beaucoup trop timide pour entrer dans une mosquée.  En fait, je ne savais même pas si je pouvais y entrer, en tant que femme.  Je ne savais pas si ma tenue vestimentaire serait jugée acceptable, si je serais la seule non-Arabe, etc.  Je continuai à lire le Coran et à poser mes questions à Dieu, dans l’espoir qu’Il me guide vers les réponses.


Ma faim de réponses ne connut plus de répit.  Je me décidai alors à me tourner vers une religion plus conventionnelle et je redevins chrétienne vers la mi-vingtaine.  Malheureusement, je dus composer à nouveau avec les mêmes questions et les mêmes doutes au sujet de la trinité et du caractère divin de Jésus.  Jésus en tant que divinité était un non-sens, pour moi, car cette idée allait à l’encontre du premier commandement et de ce que Jésus lui-même pratiquait.  En effet, il parlait toujours de Dieu le Père (une façon de parler, car Dieu n’est pas un père, mais il parlait quand même de Dieu à la troisième personne et non à la première).  Lorsqu’interrogé à ce sujet, il répondit que le plus grand commandement était d’aimer Dieu, le Seigneur, de tout son cœur, son âme et son esprit.  Notez qu’il parlait de Dieu au singulier.  J’interrogeai quelques pasteurs au sujet de mes doutes et la seule réponse que je reçus fut : « Il faut simplement avoir la foi. »  Je me souviens, lors d’un cours portant sur l’étude de la Bible, d’un type qui s’était mis à raconter plein de mensonges au sujet des musulmans.  Je l’avais interrompu et avais dit : « C’est tout simplement faux! ».  Puis, je m’étais tournée vers les autres et avais entrepris de leur expliquer en quoi consistaient réellement les croyances des musulmans.  Même là, je ne pouvais, au fond de mon cœur, nier la shahadah.  Je croyais encore fermement en l’Unicité de Dieu et en Mohammed en tant que dernier messager de Dieu.


À l’université, au Tennessee, je pris contact avec l’Association étudiante musulmane, sur le campus.  Deux musulmanes vinrent me rencontrer dans une boulangerie locale pour prendre un thé en ma compagnie.  Je ne sais trop pourquoi, elles ne semblèrent pas comprendre que je souhaitais me convertir et la rencontre fut un peu bizarre.  Après cette rencontre, je décidai que j’allais simplement me considérer comme une monothéiste, point à la ligne.  J’allais lire sur les grandes religions considérées comme monothéistes (islam, judaïsme, christianisme).  Mais je ne pouvais me défendre de ressentir un malaise de plus en plus profond envers le christianisme.  Quand je me rendais dans une église et que j’y voyais des crucifix, sur les murs, cela venait me chercher beaucoup plus qu’auparavant, car je le considérais comme une sorte d’idole que les gens adoraient.  Je pris plaisir, cependant, à lire sur le judaïsme et découvris qu’il était plus proche de l’islam que le christianisme.


Je fus embauchée, il y a deux ans, par la compagnie pour laquelle je travaille en ce moment.  Il y a un type, un musulman, avec qui je travaille souvent sur divers projets et avec lequel je suis devenue amie.  Lorsqu’il est arrivé parmi nous, fraîchement sorti de l’université, il était un peu du genre « rebelle ».  Je lui demandai pourquoi il buvait s’il se considérait comme musulman.  Je menaçai même de le révéler à sa mère!  Je lui demandai également pourquoi il n’assistait pas à la prière du vendredi (joumouah).  Avec le temps, je finis par réaliser qu’en lui posant ces questions, c’était surtout à moi-même que je les posais.  (Même si je n’avais jamais bu une goutte d’alcool!)


Vers la fin du mois de février dernier, je me rendis au centre islamique local pour y  assister à un cours donné aux nouveaux musulmans.  À ma grande stupéfaction, il n’y avait strictement personne.  Je pensai partir immédiatement, mais un musulman, que je croisai, me dit d’attendre à la prière du ‘Isha (la prière de fin de soirée), car l’imam serait présent.  Même si j’étais tentée de rester et d’attendre, je ne me sentais pas particulièrement à l’aise, en ces lieux, alors je quittai.  Environ un mois plus tard, je m’y rendis à nouveau et, à mon grand plaisir, il y avait bel et bien un cours ce soir-là.  J’avais prononcé la shahadah pour la première fois à Washington, devant mon téléviseur.  Et maintenant, près de 10-11 ans plus tard, je la prononçais à nouveau, mais devant un imam, une musulmane et tout un groupe de personnes intéressées à l’islam.  Depuis, j’ai appris à prier (chose que j’avais tenté d’apprendre moi-même, par l’intermédiaire d’internet, durant des années!) et j’ai entrepris d’étudier la langue arabe.  Incha’Allah (si Dieu le veut), un jour j’arriverai à  lire et comprendre le Coran en arabe.  Je m’étonne moi-même d’être déjà capable de lire certains passages du Coran en arabe, même si mon vocabulaire est encore très restreint.


Le lundi 8 octobre 2001 fut un jour mémorable dans ma vie de musulmane.  Je portai le hijab pour la toute première fois, au travail, dans le cadre d’une campagne internationale de solidarité envers les musulmanes qui le portent.  Ce jour-là, au travail, je devins une sorte de célébrité; mes collègues se pressaient à la porte de mon bureau, car j’avais publié des articles sur cette campagne de solidarité, en plus de coller une note, sur ma porte, expliquant les grandes lignes de l’islam.  Mes collègues me demandaient : « Es-tu des leurs? » ou « Es-tu musulmane? »  Je finis par répondre par l’affirmative et je suis désormais une musulmane « sortie du placard ».  J’imagine que les gens, autour de moi, ne pouvaient se faire à l’idée d’une musulmane blonde aux yeux bleus.  Et la question que j’entends le plus souvent est : « Comment toi, une Américaine éduquée, pouvais-tu te convertir à l’islam, une religion qui opprime les femmes? »  C’est qu’ils font un lien systématique entre les droits des femmes dans des pays comme l’Afghanistan et les droits des musulmanes partout dans le monde.  Habituellement, je leur réponds que le Coran accorde aux femmes des droits que la Bible ne leur accorde même pas et que c’est là une des premières choses qui m’ont attirée vers l’islam.

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