Paul et la déification de Jésus

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Paul et la déification de Jésus
 
A l’exception de l’évangile de Jean, les trois autres évangiles n’insistent pas sur la déité de Jésus pendant que les épîtres de Paul en parlent avec excès. Certains de leurs passages considèrent le Christ comme une entité unique parmi les humains. Que dit donc Paul à propos de Jésus ? Le considère-t-il comme un prophète ou comme un Dieu au corps… Au cours d’une lecture attentive de ses lettres nous rencontrons des réponses contradictoires. Nous y trouvons, en effet, des passages où Jésus apparaît comme un homme et d’autres où il est un Dieu. Ces variantes sont-elles fonction des gens auxquelles elles sont adressées ou bien expriment–elles l’évolution de la croyance paulienne en Jésus? Ou encore sont-elles l’effet des fraudes et des altérations que ces épîtres ont subies? Tout cela demeure possible mais sans pencher d’un avis vers un autre.
 
Parmi les textes qui considèrent le Christ comme un homme mais qui surpasse l’humanité entière par l’amour que lui témoigne Dieu et par le fait d’avoir été l’objet du choix divin. Il a écrit : Car il y a un seul Dieu et un seul intermédiaire entre Dieu et l’humanité, l’homme Jésus-Christ (Timothée I 2/5). Dans ce passage il reconnaît l’existence du Dieu Unique, le Seigneur des seigneurs : Obéis au commandement reçu, garde-le de façon pure et irréprochable jusqu’au jour où notre Seigneur Jésus-Christ apparaîtra. Cette apparition interviendra au moment fixé par Dieu, le Souverain unique, la source du bonheur, le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs. Lui Seul est immortel. (Timothée I 6-14/16). L’homme Jésus occupe une place privilégiée auprès du Créateur, il est donc un seigneur, mais Dieu est le Seigneur des seigneurs : Dieu l’a déclaré grand prêtre dans la tradition de Malkisadec. (Les Hébreux 5/19). Il ne cessa jamais d’implorer l’Omnipotent: Durant sa vie terrestre Jésus adressa des prières et des supplications, accompagnées de grands cris et de larmes à Dieu qui pouvait le sauver de la mort. Et Dieu l’exauça à cause de sa soumission. (Les Hébreux 5/7). Et voilà Paul qui le compare à d’autres créatures, nous le voyons alors tantôt pencher vers celles-ci et tantôt fixer le regard vers le fils de Marie : Mais nous constatons ceci : Jésus a été rendu pour un peu de temps inférieur aux anges, afin que par la grâce de Dieu, il meure en faveur de tous les humains et nous le voyons maintenant, couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’il a soufferte. (Les Hébreux 2/9). Dans un autre endroit, il établit une comparaison entre lui et entre Moïse : Regardez Jésus, l’envoyé de Dieu et le grand prêtre de la foi que nous proclamons… et il Lui a été fidèle tout comme Moïse. Moïse, pour sa part, a été fidèle dans toute la maison de Dieu, en tant que serviteur…mais le Christ est fidèle en tant que Fils placé à la tête de la maison de Dieu. Et nous sommes sa maison si nous gardons notre assurance et l’espérance dont nous sommes fiers. (Les Hébreux 3-1/6)
 
Dans tous ces passages et dans bien d’autres, Paul affirme que le Messie est un homme qui jouit de l’amour divin et que Dieu a sélectionné pour transmettre son message aux hommes. Mais Paul a laissé d’autres écrits où il décrit le Christ d’une façon excessive et flagrante au point de faire de lui un fils réel de Dieu. On peut comprendre que cette filiation est totalement différente de tout ce qui est rapporté dans la Bible.
 
Dans d’autres morceaux, il voit en lui une image de Dieu ou encore le corps où Dieu s’est incarné. Il a écrit : Dieu envoya son propre Fils vivre dans une condition semblable à celle de l’homme pécheur. (Les Romains 8/3). Il assure encore : Dieu n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas tout avec son Fils ? (Les Romains 8/32), et encore : Dieu a envoyé son Fils, il est né d’une femme (Les Galates 4/4). Paul juge que cette filiation est véritable et, dans ces conditions, tous les croyants sont les fils de Dieu, allégoriquement, puisque tous sont nés de femmes. Il clame de nouveau : Autrefois Dieu a parlé à nos ancêtres à maintes reprises et de maintes manières par les prophètes mais maintenant, à la fin des temps, il nous a parlé par son Fils. (Les Hébreux1-1/4). Jésus, aux yeux de Paul, est complètement différent des prophètes qui l’ont devancés, en dépit du fait qu’ils sont tous fils de Dieu, aux sens biblique et allégorique de l’expression. Il a consigné : Le Christ est l’image visible du Dieu invisible. Il est le Fils premier-né… (Colossiens 1/15). Il ressasse: Jésus-Christ possédait depuis toujours la condition divine, mais il n’a pas voulu demeurer l’égal de Dieu. Au contraire, il a renoncé de lui-même à tout ce qu’il avait et il a pris la condition de serviteur. (Les Philippiens 2-6/7). Il rabâche : Au moment fixé, il l’a révélée[1]par sa parole, dans le message qui m’a été confié et que je proclame par ordre de Dieu, notre Sauveur. (Tite 1/3)
 
Les vérificateurs ont parlé du milieu où Paul a vécu et qui l’a conduit à proclamer la déification du Messie, ils ont lu les sources dans lesquelles il a acquis cette conviction. Ce milieu était plein de légendes qui circulaient entre des gens aux niveaux culturel et intellectuel très bas. Ces gens constituaient la majorité de la société païenne de l’époque et croyaient en plusieurs dieux, en leur incarnation et en leur mort. Au cours d’un séjour Lystre, Paul et Barnabas ont effectué des actes qui ont paru extraordinaires aux habitants. L’assistance a ainsi réagi : Quand la foule vit ce que Paul a fait, elle s’écria dans la langue du pays : « Les dieux ont pris une forme humaine et sont descendus vers nous.» Ils appelaient Bernabas ‘Zeus’ et Paul ‘Hermès’. (Les actes des Apôtres14-11/12). Zeus et Hermès, comme le précisent les auteurs du dictionnaire de la Bible, sont deux noms de dieux romains ; le premier est le père des dieux et le second est celui de l’éloquence. Ces gens, naïfs et polythéistes, ont pris Paul et Barnabas pour des dieux, pour le simple fait de les avoir vus accomplir des miracles, à leurs yeux. Le livre des actes des apôtres relate que les prêtres païens amenèrent des sacrifices qu’ils voulaient immoler en l’honneur de Barnabas et de son compagnon, mais ces derniers refusèrent ce sacrifice.
 
Que pouvaient dire et penser ceux qui ont vu celui qui ressuscitait les morts, qui est revenu à la vie et qui a effectué tant de prodiges et de miracles? Les païens croyaient à l’idée de l’incarnation des dieux, ils avaient précisé, dans leur calendrier, les dates des fêtes de la naissance de ces dieux incarnés, celle de leur disparition puis enfin celle de leur retour au monde des humains
 
C’est pour cette raison que Paul a voulu faire descendre Dieu sur terre pour de le montrer aux Romains et afin qu’il soit près d’eux. Le professeur Hosnî El-Atîr dans son excellent ouvrage }Croyances des Chrétiens monothéistes entre l’Islam et le Christianisme{pense que c’est l’empereur romain Tibère[2] qui a poussé Paul, en l’an 37 après J-C, à propager cette idée. El-Atîr a puisé cette information chez Eusèbe de Césarée. Selon ce dernier, une fois les nouvelles de Jésus parvenues aux oreilles du premier magistrat romain, il décida de mettre le Christ parmi les autres dieux mais il fallait l’assentiment du Sénat qui le lui a été refusé. Devant cette position du Sénat, Tibère persista dans son attitude. Eusèbe nous rapporte une information qu’il a découverte chez Tertullien. Celui-ci assure : « S’il était possible à Tibère d’être empereur et chrétien en même temps, il se serait converti au Christianisme.» El-Atîr pense que Paul fut, peut-être, l’homme sur lequel comptait Tibère pour imposer sa nouvelle idée du Christ comme un dieu. Le problème resta ainsi jusqu’à l’accession de Néron[3] (54 à 68) au trône impérial. Il fut, comme l’a signalé Eusèbe, « le premier empereur à déclarer son adversité à la religion céleste.[4]»
 
Charles Jénîber pense que l’emploi de l’expression ‘’Fils de Dieu’’ par Paul ne signifie pas qu’elle était suffisante pour juger qu’il était un dieu comme Son Père. « La représentation de Paul lui a semblé pleine de troubles et d’hésitations. La crainte des croyants se dirigea avec force et sans imaginer les conséquences vers la vivification de la foi en l’unité entre le maître et Dieu.» Charles Jénîber a expliqué cela par le fait que le terme filiation est bien connu dans la pensée juive et un nombre important parmi les Juifs furent nommés fils de Dieu. Puis une autre signification du vocable filiation réelle apparut dans les milieux hellénistiques et en particulier à Tarse qui était un centre de rayonnement des différentes civilisations et c’est dans cette cité que Paul a pris beaucoup de prescriptions qu’il a, ensuite, introduites au Christianisme[5]. Les Chrétiens essaient, d’une part d’enraciner l’idée de la déification de Jésus comme provenant du maître lui-même et de ses élèves et d’autre part de dégager l’innocence de Paul dans cette affaire. Ils fondent leur point de vue sur ce que Matthieu a enregistré. (Voir 16/16) Matthieu a écrit que Pierre a été le premier à avancer cette idée. Le Messie l’a entendu prononcer et n’a pas réagi et a rectifié :  « Et vous, leur demanda Jésus, qui dites-vous que je suis. Simon Pierre répondit : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Jésus lui dit alors : « Tu es heureux Simon fils de Jean….(Matthieu 16-15/16). El-Atîr pense que ce qu’a consigné Matthieu a été modifié car les autres évangélistes ont relaté la même scène d’une manière différente : Pierre lui répondit : « Tu es le Messie.» (Marc 8/29). Marc n’a pas cité la filiation et dans Luc nous lisons : Pierre répondit : « Tu es le Messie de Dieu. » (Luc 9/20)
 
Ainsi Matthieu a modifié ce que Marc a narré malgré que le premier s’est inspiré du deuxième, comme il n’est pas possible d’accepter les dires de Matthieu parce que l’original hébreux est, jusqu’à ce jour, introuvable. Enfin, il nous est difficile de discerner dans tous ses détails le respect que le traducteur a donné à l’expression en question[6]. En général, même en supposant que telle a été la réponse de Pierre à savoir « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant, il n’y a dans cette réplique aucune idée de déité. Mieux encore, on peut dire que cela est conforme à ce qu’a consigné le prophète Osée à propos des fils d’Israël : Le nombre des fils d’Israël sera comme le sable de la mer qu’on ne peut ni mesurer ni compter, et il arrivera qu’à l’endroit où on leur dira : « Vous n’êtes pas mon peuple. (Osée 2/1). Tout comme le peuple d’Israël fut nommé, dans la Torah, enfants de Dieu, Pierre s’est permis d’appeler son maître fils de Dieu.
 
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[1]) La vérité conforme à la foi chrétienne pour posséder l’espérance de la vie éternelle. (N.T)
 
[2]) Né en 42 avant J-C et mort en 37 après J-C, Tibère fut intronisé de 14 après J-C jusqu’à son décès. (N.T)
 
[3]) Né en 37 après J-C, il se suicida en 68.
 
[4]) Voir :
 
a) Les convictions des Chrétiens monothéistes entre l’Islam et le Christianisme de Hosnî El-Atîr – Pages : 224/7.
 
b) Jésus dans le Coran, la Torah et l’Evangile de Abdelkrim El-Khatîb – Page : 134.
 
[5]) Voir :
 
a) Le Judaïsme et le Christianisme de Md Dhiâ’Er-RahmâneEl-A‘dhamî – Page : 427.
 
b) Jésus dans le Coran, la Torah et l’Evangile de Abdelkrim El-Khatîb – Page : 134.
 
c) Le Christianisme sans le Christ de Kâmil Sa‘fâne – Page : 40.
 
[6]) Les convictions des Chrétiens monothéistes entre l’Islam et le Christianisme de Hosnî El-Atîr–Pages : 204/206

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