Règle n°4 : La sagesse

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La sagesse compte parmi les éléments extrêmement cruciaux dans la prédication. Je m’adresse en particulier aux jeunes de cet éveil islamique. Et comme est amer le goût de la sagesse pour ceux qui n’en ont pas.

Lorsque l’on invite à Allah, cela se fait en quatre étapes :

- Premièrement : par la sagesse.

- Deuxièmement : par la bonne exhortation.

- Troisièmement : en discutant de la meilleure façon avec celui qui n’est pas injuste.

- Quatrièmement : par une action répressive envers celui qui se montre injuste.

La preuve de cette procédure se trouve dans la parole d’Allah (c) :

{ ٱدۡعُ إِلَىٰ سَبِيلِ رَبِّكَ بِٱلۡحِكۡمَةِ وَٱلۡمَوۡعِظَةِ ٱلۡحَسَنَةِۖ وَجَٰدِلۡهُم بِٱلَّتِي هِيَ أَحۡسَنُۚ }

« Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon[1] ».

 Et dans Sa (c) parole :

{ وَلَا تُجَٰدِلُوٓاْ أَهۡلَ ٱلۡكِتَٰبِ إِلَّا بِٱلَّتِي هِيَ أَحۡسَنُ إِلَّا ٱلَّذِينَ ظَلَمُواْ مِنۡهُمۡۖ }

« Et ne discutez que de la meilleure façon avec les gens du Livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes[2] ».

La sagesse se définit comme le fait de faire les choses avec justesse et maîtrise en accordant à chaque chose sa valeur et en mettant chaque chose à la place où elle doit être. Et il ne fait pas partie de la sagesse que de se précipiter en voulant faire passer les gens de l’état dans lequel ils se trouvent à l’état des compagnons du prophète du jour au lendemain. Et quiconque s’efforce d’obtenir cela fait preuve de sottise et se trouve à des lieues de la sagesse, car Allah (b), par Sa sagesse, n’a pas créé les choses comme cela. Cela est prouvé par le fait que Muhammad (g) – bien qu’il soit le messager d’Allah et celui sur qui le Livre a été révélé – a reçu la législation de manière graduelle, afin qu’elle prenne place dans l’âme et s’installe durablement.

- Et pour preuve, la prière (« Salât ») a été instaurée lors de l’ascension nocturne trois ans avant l’émigration[3] et malgré cela, elle n’a pas (immédiatement) été rendue obligatoire de la manière dont elle l’est aujourd’hui. Initialement, les prières du Zhuhr, du cAsr, du cIshâ’ et du Fajr s’accomplissaient toutes en deux unités de prières, et celle du Maghrib en trois unités, constituant ainsi la conclusion impaire (« Witr ») du jour. Ensuite, après l’émigration, et une fois que le messager d’Allah (g) eut complété treize années à la Mecque, la prière du résident est passée à quatre unités pour les prières de Zhuhr, du cAsr et du cIshâ’ tandis que celle du Fajr est restée à l’identique – du fait qu’on y récite longuement le Coran – de même que celle du Maghreb avec trois unités, car elle correspond à la conclusion impaire (« Witr ») du jour.

- Quant à l’aumône légale (« Zakât »), elle est devenue obligatoire en l’an deux de l’hégire[4], mais ses montants prescrits et ses conditions n’ont pas immédiatement été déterminés. Aussi, le prophète (g) n’a pas d’emblée envoyé ses émissaires pour la collecter mais ne l’a fait qu’à partir de l’an neuf après l’hégire. L’évolution de l’aumône légale s’est ainsi produite en trois étapes :

- Premièrement : à la Mecque, lorsque fut révélé le verset : « Et acquittez-en les droits le jour de la récolte[5] », sans que soit précisé le montant obligatoire ni les proportions minimales à partir desquels on doit s’en acquitter (« Nisâb »), laissant libre choix aux gens d’en déterminer les modalités.

- Deuxièmement : en l’an deux après l’hégire, les seuils de l’aumône légale ont été définis.

- Troisièmement : en l’an neuf de l’hégire, le prophète (g) a commencé à envoyer des émissaires pour collecter l’aumône légale auprès des éleveurs de bétail et des propriétaires de vergers.

Réfléchissez sur la manière dont Allah (b) a pris en compte la condition des gens dans Sa manière de légiférer, et Il est certes le plus Sage des sages.

- Il en est de même pour le jeûne (« Siyâm »). Il est bien connu que les lois qui le régissent ont évolué au fil du temps. Ainsi, lorsqu’Allah l’a initialement prescrit, les gens étaient libres de choisir entre jeûner ou bien nourrir autrui. Par la suite, le jeûne a été rendu obligatoire à tous et le fait de nourrir autrui est devenu réservé à ceux qui étaient dans l’incapacité permanente de l’accomplir.

Aussi, j’affirme que la sagesse exige que le monde ne puisse pas changer du jour au lendemain, cela nécessite du temps. Contente-toi pour l’instant de la quantité de vérité que détient ton frère lorsque tu l’invites à Allah, puis progresse avec lui, étape par étape, jusqu’à ce que tu le délivres du faux dans le lequel il se trouve. Et prends garde à ne pas mettre tous les individus sur un même pied d’égalité. Il existe une différence entre celui qui ignore son erreur et celui qui s’y entête.

Il semble opportun de citer ici quelques exemples de sagesse du messager d’Allah (e) dans sa façon d’appeler à Allah.

 

- Premier exemple : son attitude vis-à-vis du bédouin qui avait uriné dans la mosquée

Anas Ibn Mâlik (h) relate : « Alors que nous étions dans la mosquée avec le messager d’Allah (g), un bédouin entra et se mit à uriner dans la mosquée. Les compagnons du messager d’Allah (g) se dirigèrent vers lui pour lui dire : « Arrête ! Arrête ![6] ». Le messager d’Allah (g) dit : « Ne l’interrompez pas[7], laissez-le », sur quoi ils le laissèrent terminer ses besoins. Puis, le messager (g) l’appela et lui dit : « Les mosquées que voici ne sont pas des lieux adéquats pour uriner ou déféquer. Elles ne sont consacrées qu’au rappel d’Allah, à la prière et à la lecture du Coran » ». Il ordonna alors à un des hommes qui étaient présents d’apporter un seau d’eau pour en verser dessus[8]. »

Abû Hurayrah (h) complète cette narration en disant : « …puis le messager d’Allah (g) se releva pendant sa prière et nous nous levâmes avec lui. C’est alors qu’un bédouin dit pendant qu’il priait : « Ô Allah, fais miséricorde à moi et à Muhammad, et ne fais miséricorde à personne d’autre que nous ». Lorsque le prophète (g) effectua la salutation de fin de prière, il dit au bédouin : « Tu as certes restreint quelque chose d’immense », faisant allusion à la miséricorde d’Allah[9] ».

Abû Hurayrah (h) relate également : « Alors que le prophète (g) était assis, un bédouin entra à la mosquée et pria. Lorsqu’il termina, il dit alors : « Ô Allah, fais miséricorde à moi et à Muhammad, et ne fais miséricorde à personne d’autre que nous ». Le prophète (g) se tourna alors vers lui puis lui dit : « Tu as certes restreint quelque chose d’immense ». Peu de temps après, il se mit à uriner dans la mosquée et les gens se ruèrent vers lui. C’est alors que le prophète (g) dit : « Versez dessus un seau d’eau[10] », puis il ajouta : « Vous avez été envoyés pour faciliter les choses, non pas pour les compliquer[11]. »

Et dans une autre version, il dit : « Le bédouin, après avoir compris son erreur, a relaté : « Le prophète (g) – pour qui je donnerai père et mère en rançon – s’est levé vers moi sans m’insulter, ni me blâmer ni me frapper[12] » ».

Après avoir cité les différentes narrations de cet évènement, comment peut-on alors qualifier la sagesse dont le messager (g) a fait preuve avec ce bédouin ? A mon avis, si un individu venait à uriner dans une des mosquées, les gens se rueraient en masse vers lui, seuls ou en groupe, et lui diraient : « N’as-tu pas honte ?! Crains Allah ! Redoute Allah…». Or ceci est une erreur.

Nous ne pouvons pas imaginer que quelqu’un qui croit en Allah et au Jour du jugement dernier puisse se mettre à uriner dans la mosquée si ce n’est par ignorance, et l’ignorance a ses raisons. Et il n’y a pas de doute que ce bédouin était ignorant, car il venait d’une contrée désertique et n’avait aucune connaissance des règles élémentaires de respect à adopter envers les mosquées. Pourtant, grâce à la sagesse, il a compris le comportement qu’il devait adopter à l’égard les mosquées. Mais que serait-il advenu si ce bédouin s’était arrêté d’uriner suite au reproche des compagnons ?

Premièrement : il aurait contenu son urine, ce qui aurait pu avoir des conséquences sur sa santé.

Deuxièmement : il aurait sali sa tenue [de l’impureté de l’urine]. Et s’il avait voulu se protéger de son urine en relevant son habit, ses parties intimes seraient devenues apparentes. Il aurait pu même salir la mosquée encore plus qu’il ne le faisait.

Aussi, contemple, Ô toi qui prêche à Allah, la sagesse et ses conséquences heureuses.

 

- Deuxième exemple : son attitude envers Mucâwiyah Ibn Al-Hakam As-Sulamî (h)

Mucâwiyah Ibn Al-Hakam As-Sulamî (h) a dit : « Alors que j’étais en train de prier avec le prophète (g), un homme parmi nous éternua. Je lui dis alors : « Qu’Allah te fasse miséricorde[13] ! » et les gens se mirent alors à me dévisager du regard. Je dis alors : « Que ma mère me perde ! Qu’avez-vous donc à me regarder ainsi ? ». Ils se mirent alors à frapper leurs cuisses de leurs mains[14]. Lorsque je vis qu’ils ne me répondaient pas, je me tus. Puis dès que le messager d’Allah (g) – pour qui je donnerai père et mère en rançon –  eut fini de prier, je ne connus jamais de meilleur éducateur que lui, ni avant ni après. Je jure par Allah qu’il ne s’est pas mis à me détester, ni à me frapper, ni à m’insulter. Il m’a dit que « Aucune des paroles des gens n’est autorisée dans cette prière. Tout ce qu’il convient de dire est : le tasbîh, le takbîr, et la lecture du Coran[15] » ».

Nous pouvons déduire une règle précieuse en matière de jurisprudence à partir de ce hadith, qui est que si un individu parle par ignorance ou par oubli pendant sa prière, celle-ci reste valide.

Par exemple, imaginons qu’une personne soit en train de prier puis qu’une autre vienne lui demander : « Où se trouve la clé de la maison ? Je veux sortir. »

Il lui répond alors qu’elle se trouve au niveau de la fenêtre de la chambre, en oubliant qu’il se trouvait alors en état de prière. Est-ce que sa prière est toujours valide ou non ? S’il a dit cela par oubli, alors sa prière est bien valide car Allah (c) a dit :

{ رَبَّنَا لَا تُؤَاخِذۡنَآ إِن نَّسِينَآ أَوۡ أَخۡطَأۡنَاۚ }

« Seigneur, ne nous châtie pas s’il nous arrive d’oublier ou de commettre une erreur[16] ».

 

Remarques

A travers les deux exemples précédents, nous pouvons déduire deux enseignements :

Premièrement : il convient d’utiliser la douceur avec l’ignorant, car celui qui ignore est excusé. En lui expliquant, il sera convaincu contrairement à la personne qui s’entête.

Deuxièmement : en cas de contact avec une impureté, on doit se précipiter pour l’enlever. On constate que dès que le bédouin eut fini d’uriner, le prophète (g) demanda immédiatement que l’on apporte un seau rempli d’eau pour qu’on en verse dessus.

Ainsi, tu dois nettoyer au plus vite tes habits, ton corps ou bien l’endroit sur lequel tu pries, s’ils sont en contact avec une impureté. Sinon, il se peut que tu oublies et que tu te retrouves à prier dans une tenue, un corps ou un endroit impur.

Une histoire semblable à celle-ci s’est déroulée le jour où l’on apporta un petit garçon au prophète (g), qui l’installa sur son giron[17]. En effet, il (g) était miséricordieux et affectueux. Lorsque l’enfant fut installé sur son giron, il se mit à uriner. « Aussitôt[18], le prophète demanda à ce qu’on lui apporte de l’eau, et la versa dessus[19] ». Ceci est une preuve qui nous montre que nous devons nous empresser de nous débarrasser de toute forme d’impureté ou de saleté sans attendre.

 

- Troisième exemple : l’attitude du prophète (g) vis-à-vis de l’homme qui portait une bague en or à son doigt

cAbdullah Ibn cAbbâs (k) a rapporté que le messager d’Allah (g) vit un une bague en or sur la main d’un homme. Il l’enleva alors et la jeta avant d’ajouter : « L’un d’entre vous prend une braise du feu pour la mettre sur sa main ». Puis le messager d’Allah (g) s’en alla et on dit à cet homme : « Reprends ta bague pour en faire un autre usage…». Il dit alors : « Non ! Par d’Allah, jamais je ne la reprendrai après que le messager d’Allah (g) l’ait jetée[20] ».

Etudions ensemble comment le prophète (g) s’est comporté avec l’auteur de ce péché. On constate qu’il y a une différence manifeste entre cette histoire et les histoires précédentes, celles de Mucâwiyah Ibn Al-Hakam et du bédouin. Dans ce dernier récit, on remarque qu’une certaine dureté a été utilisée, puisque le messager lui-même (g) a retiré la bague en annonçant à cet homme que ce qu’il avait mis à sa main était en réalité une braise du feu [de l’enfer].

En fait, il y a pour chaque circonstance une manière qui lui est propre.

 

- Quatrième exemple : l’attitude du prophète (g) avec les propriétaires de Barîrah

cUrwah rapporte d’après cÂïshah (i) que Barîrah – [esclave] qui n’avait pas le moindre revenu pour racheter sa liberté – était venue lui demander une aide financière pour payer le prix de son affranchissement. cAïshah lui avait alors dit : « Retourne voir tes maîtres ! S’ils acceptent que je paye le prix de ton affranchissement et que je devienne ton tuteur, je le ferai. » Alors, Barîrah alla voir ses maîtres mais ils refusèrent [la proposition de cÂïshah]. Puis cÂïshah informa le messager d’Allah[21] (g), qui lui répondit : « Affranchis-la, mais impose leur comme condition le droit d’être son tuteur, car ce droit doit revenir à celui qui affranchit ». cÂïshah mentionne qu’ensuite, le messager d’Allah (g) se mit à sermonner les gens en célébrant la louange d’Allah et en faisant Son éloge avant d’ajouter : « Qu’arrive-t-il à ces personnes qui imposent des conditions qui ne sont pas décrétées par Allah ? Toute condition qui ne relève pas du décret d’Allah est absolument nulle, même s’il devait y avoir des dizaines et des dizaines de conditions. Le décret d’Allah est prioritaire ! Les conditions d’Allah sont plus sûres ! Et le droit de tutelle revient à celui qui affranchit[22] ».

Sa parole « Qu’arrive-t-il à ces personnes… » est une expression qui marque un profond désaveu de leur attitude. Une des explications plausibles de cette formule est qu’elle est une manière de dissimuler l’auteur du péché, l’autre explication possible est que cette formule est une réprimande exacerbée à leur égard, comme si les auteurs de ce péché ne méritaient même pas que l’on mentionne leurs noms. Cela dit, la première hypothèse – autrement dit le fait qu’il ait voulu par cette formule couvrir l’auteur du péché – semble être la plus probable car il ne convient pas de désigner individuellement des personnes lors d’un sermon en disant par exemple « un tel a fait ceci et cela », pour divulguer leurs erreurs en public.

On tire également une leçon bénéfique de sa parole : « qui imposent des conditions qui ne sont pas décrétées par Allah ? Toute condition qui ne relève pas du décret d’Allah est absolument nulle, même s’il devait y avoir des dizaines et des dizaines de conditions. » Effectivement, toute condition ne faisant pas partie du livre d’Allah ni de la Sunnah de Son prophète (g) est vaine et retourne à celui qui l’a émise.

Et que dites-vous donc à propos des lois qui vont à l’encontre de la législation : sont telles invalides ou non ? Bien entendu qu’elles le sont, quel qu’en soit leur auteur ! Les rejeter est obligatoire, et il n’est en aucun cas permis à quelqu’un de s’y attacher !

Ainsi, toute condition qui ne relève pas du décret d’Allah est vaine, et même s’il devait y en avoir des dizaines et des dizaines de semblables, car le décret d’Allah – c’est-à-dire Sa législation – est le plus légitime et le plus en droit d’être suivi. En effet Allah (c) a dit :

{ أَفَمَن يَهۡدِيٓ إِلَى ٱلۡحَقِّ أَحَقُّ أَن يُتَّبَعَ أَمَّن لَّا يَهِدِّيٓ إِلَّآ أَن يُهۡدَىٰۖ فَمَا لَكُمۡ كَيۡفَ تَحۡكُمُونَ ٣٥ }

« Celui qui guide vers la vérité est-il plus digne d’être suivi, ou bien celui qui ne se dirige qu’autant qu’il est lui-même dirigé ? Qu’avez-vous donc ? Comment jugez-vous ainsi ?[23] »

Ne trouvez-vous pas que cette histoire contient une part de dureté ? Certains savants ont justifié cela en affirmant que le prophète (g) avait déjà établi dans le passé que le droit de tutelle revenait à celui qui affranchissait. Ainsi, en émettant cette condition, leur agissement fut considéré comme une entorse (à la législation), et c’est donc pour cela que le prophète (g) s’est adressé à eux avec fermeté.

 

- Cinquième exemple : l’attitude du prophète (g) avec l’homme qui a touché son épouse en pleine journée de Ramadan.

Abû Hurayrah (h) relate : « Alors que nous étions assis auprès du prophète (g), un homme vint le trouver et lui dit :

- « Ô messager d’Allah, je suis perdu ! ».

- Le prophète (g) lui dit : « Que t’arrive-t-il ? ».

- « J’ai eu un rapport charnel avec ma femme alors que je jeûnais » dit-il.

- Le prophète (g) lui dit : « As-tu la capacité d’affranchir un esclave ? »

- « Non » dit-il.

- Il dit « Es-tu en mesure de jeûner deux mois consécutifs ? »

- « Non » dit-il.

- « As-tu de quoi donner nourrir soixante pauvres ? »

- « Non » dit-il.

Le prophète (g) demeura un instant puis, alors que nous étions présents, on apporta un panier de dattes au prophète (g). Il (g) dit alors :

- « Où est la personne qui est venu interroger ? ».

- Il répondit : « Je suis là ».

- Il lui dit : « Va donner cela en aumône. »

- « A plus pauvre que moi, ô messager d’Allah ? Par Allah, il n’existe pas entre ces deux étendues de terre de famille plus pauvre que la mienne. »

- Le prophète (g) se mit alors à rire au point de laisser apparaître ses canines puis il dit : « Nourris-en ta famille[24] ».

Avez-vous vu cet évènement incroyable ? Cet homme est venu la peur au ventre en se déclarant perdu, puis il est finalement reparti les mains pleines, apaisé, et heureux de la religion islamique ainsi que de la clémence que lui avait montrée le premier prêcheur de cette religion (g).

Revenons au cœur du sujet sur lequel je souhaite insister. Par Allah, je suis extrêmement heureux de voir cette engouement chez nos jeunes, et ce désir profond qu’ils ont de faire disparaître le blâmable, de faire triompher la vérité et d’instaurer le bien. Mais par Allah, je souhaite de tout mon cœur qu’ils fassent preuve de sagesse dans ce qu’ils entreprennent, car même si ceci leur prendra plus de temps, le résultat n’en sera que plus louable. Et cette personne dont le cœur brûle de ferveur à l’idée de protéger sa religion au point de se permettre des choses qui dépassent les limites de la sagesse, trouvera certes une satisfaction intérieure mais elle ne sera qu’éphémère. En revanche, un mal immense découlera de son acte. Et si seulement il attendait un peu jusqu’à reprendre ses esprits et réfléchir à la meilleure manière d’aborder le sujet, il en aurait découlé un bien immense et il se serait mis à l’abri d’une issue néfaste l’atteignant lui et ses semblables. 

Ainsi, le recours à la sagesse lorsque l’on prêche à Allah, on abolit le mal, on fait triompher la vérité et ordonne le bien est ce à quoi appelle la législation islamique. Et toi, ô mon frère, n’applique pas la religion en fonction de tes passions, mais fais-le plutôt en suivant les prescriptions de ton Maître : « Par la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon[25] ».

La ferveur, même lorsqu’elle marquée, est sans aucun doute préférable à un cœur sans vie, mais la sagesse est clairement meilleure que tout cela. Par Allah, la mort du cœur, qui se traduit par une absence de réaction face  au blâmable et une indifférence lorsque le bien est délaissé, est un très grand mal. Et cela n’est pas caractéristique des qualités et mérites de la communauté islamique, car cette dernière ordonne le bien, condamne le blâmable et appelle à Allah. Mais le délaissement de la sagesse est également un mal.

En revanche, l’usage de la sagesse avec un cœur rempli de vie et d’action au service de la vérité est un bien.

Aussi j’appelle nos jeunes, adeptes de cette grande ferveur, à manifester constamment de la sagesse dans leur prêche à Allah et à y accorder une attention particulière. Je ne suis pas en train de leur dire de ne pas prendre d’initiative, de ne pas appeler à Allah ou bien encore de laisser les gens dans leur état : le pervers dans sa perversité et l’obéissant dans l’obéissance. Non ! Je dis plutôt : « Condamnez le mal, instaurez le bien et appelez à Allah selon vos capacités de jour comme de nuit ».  

{ يَٰٓأَيُّهَا ٱلَّذِينَ ءَامَنُواْ ٱصۡبِرُواْ وَصَابِرُواْ وَرَابِطُواْ وَٱتَّقُواْ ٱللَّهَ لَعَلَّكُمۡ تُفۡلِحُونَ ٢٠٠ }

« Ô les croyants ! Soyez endurants. Incitez-vous à l’endurance. Luttez constamment et craignez Allah, afin que vous réussissiez ![26] »

Et j’insiste à nouveau sur l’importance du recours à la sagesse et du fait de faire preuve de retenue dans toute chose et de prendre les choses par le bon fil.

Imaginons à présent que nous ayons été témoin d’un mal dans une société donnée. Est-il raisonnable que nous nous précipitions sur celui-ci pour le briser, le mettre en morceaux ou encore pour nous adresser avec fermeté envers ses auteurs ? Ou bien est-il plus adapté que nous engagions une conversation avec douceur et gentillesse, qui portera peut être ses fruits ou qui, dans le cas contraire, nous conduirait à en informer les personnes compétentes qui transmettront l’affaire aux personnes responsables ? Pas de doute que la retenue est prioritaire. Fais donc preuve de douceur et de gentillesse, et si cela amène à faire disparaitre le mal, l’objectif aura alors été atteint. Sinon, transmets l’affaire à des gens plus compétents que toi qui en informeront alors les autorités. C’est ainsi qu’un individu s’acquitte de sa responsabilité. En outre, Allah dit :

{ فَٱتَّقُواْ ٱللَّهَ مَا ٱسۡتَطَعۡتُمۡ }

« Craignez Allah autant que vous pouvez[27] ».

Si nous nous ruons sur ce mal et brisons ce qui doit être brisé ou détruisons ce qui doit l’être, le résultat sera dans la plupart des cas à l’opposé de celui escompté ; le but ne sera pas atteint et nous ne serons pas à l’abri d’ennuis, et peut être même que cela donnera une mauvaise réputation à la religion en général.

Pour cette raison, je tiens à vous encourager depuis l’endroit où je me trouve – et j’en prends l’entière responsabilité auprès d’Allah (b) – par le biais d’un proverbe, qui est utilisé dans la langue du peuple et qui dit : « Une personne chevronnée vaut mieux que n’importe quel médecin ». En effet, une personne d’expérience a expérimenté la douleur d’elle-même, tandis que le médecin ne fait que prescrire le remède, qui peut s’avérer efficace ou non.

 



[1] S. 16, v. 125.

[2] S. 29, v. 46.

[3] Ou bien un an et demi, ou bien encore cinq années selon la divergence d‘opinion entre les savants à ce sujet (Remarque de l’auteur).

[4] Ou bien précédemment à La Mecque (Remarque de l’auteur, qui fait allusion à la divergence d’opinion à ce sujet).

[5] S. 6, v. 141.

[6] Tiré de l’arabe : « Mah, Mah ! », qui est une manière d’exprimer sa désapprobation en montrant la gravité de l’affaire.

[7] C.à.d. laissez-le terminer d’uriner.

[8] Rapporté par Muslim, 285.

[9] Rapporté par Al-Bukhârî (6010).

[10] Tiré de l’arabe « sijl » qui désigne un seau rempli d’eau.

[11] Rapporté par Ahmad dans son Musnad (239/2), Abû Dâwûd (380), et par At-Tirmidhî (147).

[12] Version rapportée par Ahmad dans son Musnad (503/2) et par Ibn Majah (529).

[13] NdR : tiré de la formule « Yarhamuk Allah », que l’on dit au musulman lorsqu’il éternue.

[14] NdR : ceci était un signe de mécontentement et de réprobation connu chez les Arabes.

[15] Rapporté par Muslim, 537. Le « tasbîh » consiste à célébrer les louanges d’Allah en disant « SubhânAllah » (gloire à Allah), tandis que le « takbîr » consiste à proclamer la grandeur d’Allah en disant : « Allahu Akbar » (Allah est plus Grand).

[16] S. 2, v. 286.

[17] NdR : le giron désigne la partie du corps comprise entre la ceinture et les genoux, chez une personne assise.

[18] Le terme « aussitôt », matérialisé par la lettre « fa » en Arabe, est utilisé pour marquer la séparation entre deux évènements qui se sont produits immédiatement l’un après l’autre.

[19] Rapporté par Al-Bukhârî (222).

[20] Rapporté par Muslim (2090).

[21] Dans une autre version, cÂïshah dit : « le messager d’Allah (m) entendit parler de cette affaire, puis vint m’interroger à ce propos et je l’en informais alors... »

[22] Rapporté par Al-Bukhârî (2563) et Muslim (1504).

[23] S. 10, v. 35.

[24] Rapporté par Al-Bukhârî (1936) et Muslim (1111).

[25] S. 16, v. 125.

[26] S. 3, v. 200.

[27] S. 64, v. 16.

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