Stephanie, ex-catholique, Afrique du Sud (partie 3 de 6)

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La lutte intérieure

Pour illustrer mes luttes intérieures, je vous reproduis, ci-dessous, des extraits de divers emails envoyés à des amis au cours des deux dernières années.


2 juillet 2009 : En fait, j’aime les musulmans.  Je les aime pour leurs opinions arrêtées et il m’arrive de regarder une émission sur l’islam, à la télé, juste pour admirer leur beauté.  Leur  pratique de la modestie s’appelle « hijab ».  Ils ont beaucoup à nous rappeler, à nous chrétiens!


1er février 2010: Pour être honnête, je crois que je traverse une crise, au niveau de ma foi, de mon identité et de ma vocation.  Et cette crise vient du fait que je suis musulmane en apparence, mais catholique dans mes croyances!  Je ne peux m’imaginer abandonner Jésus, mais je ne peux m’empêcher d’aimer le mode de vie islamique.  J’aime les deux et à cause de cela, je me retrouve comme dans une marge entre le christianisme et l’islam.


16 février 2010: Depuis un an, je me sens de plus en plus attirée par la culture moyen-orientale et musulmane.  Je peux affirmer, sans détour, que si j’avais à choisir, à l’instant même, ma religion sur la base de ce que je ressens actuellement, je me convertirais à l’islam!


2 mars 2010: Je suis devenue irritée et désillusionnée devant les choses du monde d’ici-bas qui se sont immiscées dans l’Église et qui ont assombri sa lumière…  Parfois, je regarde les musulmans et souhaite ardemment faire partie d’eux, car j’éprouve, depuis un an ou deux, une véritable fascination pour l’islam.  Mais je sais que je ne peux être musulmane, car je suis trop attachée à Jésus.


Par curiosité et intérêt, je regarde, chaque semaine, deux émissions de télé sur l’islam.  Lors d’un épisode, il y avait un homme qui s’était converti à l’islam.  Il disait que ce qu’il aimait le plus, dans l’islam, était sa simplicité et la façon dont les musulmans ne craignent pas de montrer leur foi dans leur mode de vie et leur tenue vestimentaire.  C’est une des raisons pour lesquelles je suis aussi fascinée par cette religion.  J’ai discuté avec une musulmane au magasin de matériel de couture que je fréquente régulièrement.  Le magasin appartient à des musulmans et j’avais déjà parlé à cette dame, car une fois, elle m’avait demandé pourquoi je portais le voile.  Je lui avais répondu que, bien que non-musulmane, j’étais l’amie des musulmans.  Et, l’an dernier, le jeune homme derrière le comptoir m’a dit que je paraissais bien avec le voile, compliment qui me fit réellement plaisir.  Enfin des gens qui me comprenaient!  C’était réjouissant!


Une fois, il y a longtemps, alors que je faisais des courses avec ma mère (et que je portais mon voile, comme d’habitude), ma mère me dit, de but en blanc : « Tu aurais dû naître musulmane! »  Je lui répondis, avec un sourire : « Je sais! ».  Je ne pensais pas me convertir, à l’époque; mais comme mon intérêt pour l’islam grandit de jour en jour, je crains de perdre ma foi chrétienne malgré tout…  Mes croyances au sujet du statut de la femme (et même du mariage) sont les mêmes que celles de l’islam et je sens, parfois, que j’appartiens plus à l’islam qu’au catholicisme.  Et c’est surtout lorsque je me trouve en présence de musulmanes que mon sentiment d’appartenance est le plus fort.


3 mars 2010:  Elle me dit que je devrais essayer de comprendre la raison pour laquelle j’aime autant le voile et je me sentis un peu agacée quand elle aborda ce sujet.  Je me sentis vexée quand elle me dit qu’à l’évidence, le « voile catholique » n’est pas suffisant, pour moi, et c’est pourquoi je me sens forcée d’adopter la « forme extrême du voile islamique ».  Qu’est-ce que le « voile catholique » de toute façon?  Même si j’utilise une mantille, pour la messe, je ne peux sortir en public avec et c’est pourquoi je n’en fais pas un usage quotidien!  Dois-je absolument être musulmane pour aimer le voile?


5 juin 2010: J’ai d’autres confessions à faire: j’éprouve un très grand intérêt pour l’islam et je considère que le christianisme renferme trop d’options.  L’islam semble si intemporel et imperméable au changement, tandis que le christianisme a tant changé qu’il est devenu méconnaissable.


18 janvier 2011: Je t’ai déjà dit que j’éprouvais, pour l’islam, une fascination qui s’est accrue au point où j’ai dû m’efforcer d’y mettre un terme, car je craignais qu’elle me fasse emprunter la mauvaise voie.  Peu de temps après, je me rendis au couvent.  Lorsque je le quittai, cet intérêt refit surface, tant et si bien que je me décidai enfin à étudier l’islam de manière plus approfondie.


Cette religion m’attire beaucoup, car je me rends compte que mon comportement s’apparente plus à celui d’une musulmane qu’à celui d’une chrétienne.  C’est comme si mes vues personnelles sur un bon nombre de choses (et surtout sur la modestie et le voile) étaient reflétées dans l’islam.  J’ai l’impression de revivre ce que j’ai vécu par rapport au catholicisme : au départ, je craignais de l’avouer à ma mère et j’avais peur d’étudier le catholicisme car je craignais être damnée à jamais.  Au début, je l’avais étudié en secret et je l’avais pratiqué un temps avant de considérer une conversion éventuelle.


En tant que chrétienne, je me sens de plus en plus isolée, car personne d’autre ne partage certaines de mes convictions, tandis que si j’étais musulmane, je serais une croyante parmi de nombreuses autres et je trouverais, dans cette communauté, solidarité et soutien.  L’aspect de l’islam qui m’a attirée vers cette religion est le même que celui qui m’a attirée vers le catholicisme : l’unicité de Dieu (qui se manifeste de manière plus évidente dans la pratique de l’islam).  Cet intérêt que je ressens, pour l’islam, m’inquiète, car je crains (comme je craignais, avant de devenir catholique) d’être condamné à l’Enfer si je change de religion.  Par ailleurs, je ne vois pas pourquoi Dieu condamnerait les fidèles des autres religions à l’Enfer uniquement parce qu’ils ne suivent pas la voie de Jésus.  Mais, en tant que chrétienne, on me dit que si j’abandonne Jésus, je serai damnée.  Je n’envisage pas une conversion dans l’immédiat, mais si mon intérêt s’intensifie, cela deviendra sans doute non seulement faisable, mais inévitable.  Cela m’effraie, mais d’un autre côté, qu’y puis-je?  Dois-je nier cette attirance envers l’islam?


11 février 2011: Je traverse à nouveau une crise au niveau de ma foi…  Et c’est encore plus intense que la dernière fois.  Je me sens totalement désillusionnée par rapport au christianisme.  Mon cœur est instable à cet égard.  Je suis terrifiée à l’idée d’être condamnée à l’Enfer.  Mais, en même temps, j’en ai assez de me faire dire que j’irai en Enfer si je choisis une autre religion.


13 février 2011: [en réponse à des amies qui se disaient inquiètes pour moi] : Il m’est difficile de trouver ma place parmi les chrétiens quand je me sens plus d’affinités avec les musulmans.  Et ce n’est pas uniquement à cause de ma façon de me vêtir ou de mes croyances au sujet de la modestie.  J’aime la façon dont prient les musulmans, en s’inclinant et en se prosternant; j’aime le fait qu’ils enlèvent leurs chaussures, qu’ils prient à l’unisson, que les femmes soient séparées des hommes.  J’aime leur mode de vie simple et terre-à-terre et leur extraordinaire pèlerinage, qui n’a son égal dans aucune autre religion.  Même la façon dont ils enterrent leurs morts est la façon dont je souhaite être moi-même enterrée.  J’ai même trouvé un nom musulman que j’aimerais adopter si je me convertissais!  Il s’agit de Saadiqah (qui signifie celle qui aime la vérité et la modestie).  « Que se passe-t-il avec moi?  Comment puis-je même penser à emprunter cette voie? »  Telles sont les questions que je me pose à moi-même.


Quand j’assiste à la messe, je me sens bizarre et à part des autres et je ne peux m’empêcher de ressentir une envie intense d’être entourée de musulmans.  Je n’arrive pas à établir de véritable connexion avec la plupart des chrétiens qui m’entourent, et plus particulièrement avec les femmes.  Et cette réalité m’est douloureuse. 


Qu’est-ce qui serait préférable? 

Que j’endure un martyre en continuant dans cette voie, en continuant d’être une étrangère qui n’arrive pas à s’intégrer dans son milieu, sous prétexte d’ouvrir les yeux des autres, tout en demeurant amère et constamment seule?


Ou

Trouver ma voie, une communauté à laquelle je pourrais facilement m’intégrer, où je n’aiderais peut-être pas autant les autres (bien que je puisse coudre), mais où je me sentirais heureuse et en paix?


Qu’y a-t-il de plus important que d’éviter la voie du péché pour ma propre âme?  Je ne peux contribuer positivement à l’épanouissement des autres âmes si je ne suis pas moi-même heureuse.


Je vous assure que je prie Dieu constamment.  Je suis sûre qu’Il veut que je reste moi-même et que je m’épanouisse au sein d’une communauté à laquelle j’appartiendrais.  Je ne peux m’imaginer Dieu être en colère contre moi uniquement parce que je fais des recherches et que j’explore d’autres possibilités.  Je ne fais qu’émettre des suppositions; rien n’est décidé, mais je me sens particulièrement déchirée.

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