Walter Gomez, ex-chrétien, États-Unis

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Ma conversion à l’islam a inquiété plusieurs de mes amis et membres de ma famille.  Ils trouvent étrange qu’un Latino comme moi puisse devenir musulman.  Le catholicisme et le protestantisme sont les deux principales religions d’Amérique latine et les membres de ma famille suivent l’une ou l’autre de ces deux dénominations chrétiennes – alors pourquoi l’islam?  Je n’ai pas connu l’islam par l’intermédiaire de membres de ma famille, comme c’est parfois le cas.  Les gens ont tendance à suivre un ou des membres de leur famille lorsqu’ils se convertissent à une religion, mais ce ne fut pas mon cas.  La quête de Dieu est une belle quête et nous devons être attentifs à ce que les prophètes de Dieu nous ont transmis, car leur voie est la seule voie à suivre et c’est celle que j’ai décidé de suivre.


Mon histoire commence dans mon pays natal, le Salvador, un très beau pays tropical de l’Amérique centrale, où l’on trouve plein de fruits exotiques savoureux.  Les habitants de ce pays sont chaleureux et accueillants et sont très attachés à leur culture.  Cette culture est un mélange de plusieurs cultures, espagnole et arabe, entre autres, sans oublier la poésie africaine et l’amour des autochtones pour la terre.  Toutes ces cultures ont fait du peuple du Salvador ce qu’il est aujourd’hui.


Je suis né en 1975, au sein d’une famille relativement pauvre.  Même si nous étions pauvres, nous avions accès à une abondance de nourriture.  Mon père était fermier (sa famille avait acheté des terres à rabais) et ma mère provenait d’une humble famille pauvre, qui vivait de la pêche et de travaux divers.  Leurs familles respectives s’étaient opposées à leur mariage, car l’une était pauvre et l’autre, encore plus pauvre.  Alors mon père fit comme plusieurs autres avant lui : il s’enfuit, avec ma mère, pour aller l’épouser, et les deux trouvèrent refuge dans la maison de mon grand-père paternel.  Ce dernier n’était pas content, mais ne les chassa pas.  Avec le temps, les deux familles finirent par accepter la situation et, tout de suite après ma naissance, mon grand-père offrit une maison à mon père (il s’agissait d’une vieille maison en adobe).


Mon père se rendit en Amérique du Nord en 1978 afin d’y gagner un salaire plus décent et, sur la période de quatre ans qui suivit, il fit plusieurs aller-retours pour revenir nous voir.  Puis, il sentit le besoin de revenir chez nous pour de bon.  Malheureusement, la guerre éclata et il craignit pour notre sécurité.  En 1983, il quitta à nouveau le Salvador, mais avec l’intention, cette fois, de ramener sa famille aux États-Unis par la suite.  Après le départ de mon père, je passai beaucoup de temps avec mon grand-père, qui était protestant.  J’écoutais des lectures bibliques et j’aimais passer du temps à contempler les images, dans la Bible.  Je lui demandais s’il y avait encore des gens qui s’habillaient comme les personnages de la Bible, avec de longues robes, des turbans et des barbes, mais il me répondait que non, que les gens s’habillaient ainsi à une autre époque.  J’étais fasciné par Noé, Moïse et Abraham et, plus particulièrement, par Jésus.  J’aurais voulu rencontrer des gens comme lui, qui parlaient comme il parlait dans la Bible, qui s’habillaient comme il s’habillait à l’époque et qui portaient, comme lui, une belle barbe qui lui donnait une aura de mystère et de sagesse.  Pourtant, les chrétiens de ma famille et ceux qui nous entouraient n’avaient jamais cet aspect.


En 1984, mon père envoya une lettre à ma mère pour lui dire de venir le rejoindre, avec moi, aux États-Unis.  Lorsque ma mère me fit part de la nouvelle, je ressentis un grand désespoir, au fond de moi; j’avais l’impression que tout mon univers allait s’écrouler.  Car j’avais l’impression d’être au Paradis, dans mon pays, et je ne voulais pas le quitter.  Je pleurai presque chaque jour, suppliant ma mère de me laisser avec mon grand-père, mais elle m’ignora.


Nous quittâmes le Salvador au mois d’août.  Je me souviens avoir apprécié le voyage jusqu’aux États-Unis, tout en sachant que c’était très difficile pour ma mère.  Mes deux sœurs étaient restées avec ma tante à San Salvador, la capitale.  Nous arrivâmes aux États-Unis, à l’aéroport national de Washington D.C., trois semaines après avoir quitté notre demeure.


Aux États-Unis, je découvris que la religion était considérée comme une affaire privée, par la majorité, et non comme un mode de vie vécu ouvertement.  Tout à coup, je ne ressentais plus l’amour de Dieu comme je l’avais ressenti dans mon pays et je dus faire de réels efforts pour Le garder dans mon cœur.  Je fréquentai les écoles américaines, d’où Dieu était à peu près absent, et ce n’est qu’à l’école secondaire que ma soif de religion refit surface.


En 1990, je fus très heureux d’entrer à l’école secondaire.  J’étais si content, le premier jour; et même si ma cousine Ana me mit en garde contre les plus vieux qui harcelaient parfois les plus jeunes, je n’y prêtai pas vraiment attention.  Je découvris pourtant assez vite que ce n’étaient pas les plus vieux qui s’en prenaient aux plus jeunes, mais plutôt les joueurs de l’équipe de football.  Et non seulement s’en prenaient-ils aux plus jeunes, mais plus particulièrement aux Latinos.  Nous avions si peur d’eux que lorsque nous en voyions un s’approcher de nous, nous nous cachions dans les toilettes!  Ces gars mesuraient en moyenne 6 pieds 5, tandis que la grandeur moyenne des Latinos est de 5 pieds 6!  Alors, dans le courant de l’année, nous formâmes un groupe pour nous protéger des joueurs de football.  Nous nous acharnâmes tant, sur eux, qu’à un certain moment, ils vinrent nous voir pour s’excuser de leur comportement initial à notre égard.  Mais nous avions tant de plaisir à les harceler que nous ne voulions pas nous arrêter.


Nous nous mîmes à fréquenter les boîtes de nuit, à boire et à faire usage de drogues – et, bien sûr, les filles n’étaient pas exclues.  Cette période de ma vie fut la plus dangereuse.  Nous nous battions pour les raisons les plus futiles.  Je faillis recevoir une balle de revolver, dans le métro de Washington D.C., à cause d’une querelle ridicule entre un ami et une bande de jeunes voyous.  Un des jeunes se mit à tirer sur moi et une balle me rasa les cheveux.  Nous les pourchassâmes et leur donnâmes une sévère raclée.  Tout de suite après, je me sentis comme un héros invincible et je pensai que si mes amis avaient assisté à cette scène, ils auraient ressenti un nouveau respect pour moi!  Mais lorsque je leur racontai l’incident, aucun ne voulut me croire. 


Un peu plus tard, dans une boîte de nuit, nous fûmes impliqués (notre gang) dans une méga bagarre.  Cette bagarre fut si sérieuse que plusieurs de mes amis quittèrent par la suite notre gang.  Trois d’entre eux furent été gravement poignardés et, comme nous étions sortis du club pour aller voir ce qu’il était advenu d’eux, des policiers arrivèrent et nous divisèrent en sous-groupes.  Je sentis que les policiers étaient arrivés juste à temps, car j’avais l’impression que la mort était passée tout près de moi.  Je savais que j’aurais facilement pu être tué et c’est à ce moment que je levai les yeux au ciel et que je dis : « Seigneur, sauve-moi et je Te servirai ».


Cet ami, qui était avec moi lors de l’incident du métro et lors de la bagarre dans la boîte de nuit, commença à réfléchir sur le sens de sa vie.  Après le dernier incident, il se mit à étudier diverses doctrines.  Il développa un intérêt marqué pour Karl Marx et pour le communisme, tout en s’intéressant aussi à l’islam.  J’avais l’impression qu’il était en train de s’égarer davantage et je me tournai, pour ma part, vers l’église protestante.  Le religieux, en moi, s’éveilla à nouveau et je me remis à prier Dieu afin qu’Il me guide.  Mais je ne voulais pas devenir trop religieux, car je savais que ma famille me ridiculiserait (depuis des années, j’avais été, à leurs yeux, une personne blasée et détachée de la vie).  De son côté, mon ami se mit à prêcher ses nouvelles croyances; je lui dis que mon amour pour l’église protestante grandissait de jour en jour et lui demandai de ne plus me parler de ses nouvelles idéologies.  Je lui dis que Jésus était mon maître et non pas un homme noir nommé Elijah Muhammah ou Farrakhan.


À cette époque, mon ami ne connaissait pas l’islam véritable et l’islam qu’il préconisait m’apparaissait étrange.  Il croyait en la Nation de l’islam, sans comprendre la différence entre ce groupe et le vrai islam, qui n’était pas le moindrement raciste.


J’étais plus ou moins d’accord avec ses idées sur le communisme; Che Guevara et Fidel Castro devinrent nos héros personnels et ceux qui, selon nous, pouvaient moderniser le monde.  Mais je désapprouvais le fait que le communisme nie l’existence de Dieu.  Mon ami me parla à nouveau d’islam, m’encourageant à lire le Coran, ce que je fis.  Je fus plus qu’étonné de trouver Jésus, Moïse, Abraham et plusieurs autres prophètes de la Bible dans le Coran.  Mon ami me dit : « Nous croyons que Jésus est un prophète de Dieu et non le fils de Dieu ou Dieu Lui-même ».  Je lui répondis que je croyais la même chose.  Il me dit : « Ton église croit que Jésus est le fils de Dieu et, qu’avec le Saint Esprit, ils forment une trinité. ».  Je lui répondis que telle n’était pas ma conception de Jésus et de Dieu.  Cela me fit réfléchir sur le christianisme et le protestantisme, de même que sur le concept de trinité; car même si je fréquentais l’église, je n’avais jamais, personnellement, considéré Jésus comme faisant partie d’une trinité.  J’étais confus, mais heureux, en même temps, de savoir qu’il existait une religion dont les préceptes rejoignaient mes propres croyances.

 


En 1995, un an après avoir terminé mon secondaire, j’allai travailler dans la cafétéria d’une université.  Là, je fus en contact, pour la première fois, avec plusieurs cultures et religions différentes.  À cause de mes expériences passées, j’éprouvais encore de la méfiance envers les non-Latinos.  Lors de ma première semaine de travail, un groupe d’étudiants originaires du Moyen-Orient vint acheter des produits au comptoir où je travaillais et ils eurent une petite querelle amicale, car chacun voulait payer pour les autres.  Je trouvai cela très touchant, car j’étais moi-même très généreux, mais j’avais des amis qui profitaient de cette qualité chez moi.  Plus tard, cette semaine-là, je demandai à l’une des personnes de ce groupe pourquoi chacun tenait absolument à payer pour les autres.  Il me dit : « Parce que l’islam nous enseigne à être généreux.  Certains d’entre nous ne pratiquent pas la religion comme ils le devraient, mais les manières que nous enseigne l’islam sont imprégnées dans notre cœur. »  Je trouvai cela très beau.  Je lui dis que j’avais déjà étudié l’islam, mais d’un point de vue politique.  Il me demanda pourquoi j’avais arrêté.  Je lui répondis que je ne savais pas où trouver davantage d’information sur l’islam.  Il me sourit et me dit qu’il avait un ami Américain qui s’était converti six mois auparavant.  Le lendemain, il revint avec cet ami et je vis ce jeune homme de race blanche habillé comme les personnages de la Bible et ressemblant à l’image que l’on se fait de Jésus.  Je ressentis, au fond de mon cœur, une grande paix, que je ressens aujourd’hui encore.  Il prit des nouvelles de ma santé, de ma famille et de mon travail.  Il ne parla pas du tout de religion.  J’étais si content de faire sa connaissance, je lui demandai de revenir chaque fois qu’il en aurait l’occasion pour me parler d’islam.  Au cours des deux mois qui suivirent, des musulmans vinrent me voir pour me prêter des livres et des pamphlets, ou tout simplement pour me parler.  Puis, la cafétéria fut fermée pour l’été.  Durant les deux mois de vacances qui suivirent, je pris un peu de recul et m’amusai autant que je pus.  Mais je commençai à me sentir coupable chaque fois que je buvais.  Et chaque fois que je me sentais ainsi, j’allais me prosterner pour demander pardon.

 


Au mois de septembre, j’assistai à une fête, avec des amis.  Ce soir-là, je bus trop d’alcool et, complètement ivre, je faillis me battre avec quelqu’un.  C’est à ce moment qu’un de mes amis me rappela que j’étudiais l’islam; je me calmai immédiatement et lui demandai de me ramener chez moi.  Le lendemain, à 9 heures du matin, je me réveillai avec la gueule de bois.  Le téléphone sonna; c’était mon ami musulman que j’avais rencontré à l’université.  Je lui demandai de venir me chercher et de m’amener à la mosquée.  Il arriva presque immédiatement.  Je me sentais à la fois nerveux et heureux.  Nous arrivâmes à cette belle mosquée, Darul-Hijra, dans le nord de la Virginie, qui était située à dix minutes de chez moi.  À 10 heures, l’imam arriva.  Il était très calme et me demanda si je croyais que Dieu était unique.  Je lui répondis par l’affirmative.  Il me demanda si je croyais que Jésus était un prophète et le fils de Marie.  Je lui répondis par l’affirmative.  Il me demanda si je croyais que Mohammed était le dernier prophète envoyé par Dieu.  Je répondis par l’affirmative, mais j’avais un léger doute.  Et, dans ce moment de doute, je me dis : « Si je crois aux enseignements de l’islam, il ne fait aucun sens de ne pas accepter celui qui les a transmis. »  Je dis à l’imam que j’étais prêt à devenir musulman, à me soumettre à Dieu.  Il me demanda de répéter :


"Ashadou anla ilaha ilallah Wa ashadou ana Mohammadan Rasouloulah"

 (J’atteste qu’il n’y pas d’autre divinité à part Allah et que Mohammed est Son messager.)

" Yo atestiguo que no hay nada digno de adoraci que Alah y Atestiguo que Mujammad es el Profeta de Alah"


Et, à ce moment précis, il me sembla pouvoir sentir la miséricorde et la douceur du Paradis, de même que la présence de Dieu dans mon cœur déchiré et malade.  Dans mon nouveau mode de vie, je trouvai de la joie et de la luminosité.  J’étais prêt pour mon nouveau parcours, sur cette terre – mon parcours menant au Paradis.


Louanges à Allah, le Seigneur des mondes, pour m’avoir guidé vers l’islam, moi parmi des milliards de personnes sur cette terre.  Et je Lui suis très reconnaissant de m’avoir donné la chance d’accomplir la Oumrah en 1997.

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